Up, down, turn around. Please don’t let me hit the ground.

Nous vivions une drôle d’époque. Tout était industrialisé, nous portions tous le même jean made in China, buvant du Coca-Cola américain tout en pianotant nos téléphones Taiwainais; la promotion du culte des apparences avait poussé les actrices pornos à s’habiller comme des collégiennes dans un premier temps, mais c’était avant que les collégiennes ne s’habillent comme des actrices porno. On nous vendait du sexe dans les publicités pour le yahourt, le sous-vêtement féminin se devait d’être le plus petit possible tandis que son pendant masculin était facturé vingt fois sa vraie valeur car il était indispensable d’avoir un grand nom inscrit dessus. On portait des pantalons trop grands qui nous donnait l’air de s’être chié dessus afin de plaire à d’autres attardés qui, comme nous, trouvaient ça normal de perdre sa virginité à 14 ans dans les toilettes des boîtes de nuit. Emmener sa copine à McDonald’s devait peu à peu devenir le comble du romantisme dans la population jeune que les médias nous vendaient comme tellement belle, tellement bien, tellement plus cool que la génération précédente qui, décidément, n’avait rien comprit.

Je faisais partie de la génération virtuelle, venue au monde avec trop de moyens pour un combat inexistant. Il était normal d’avoir tout, vu que c’est pour ça que nos parents se sont battus, et, de toute façon, la fin du monde allait arriver. En pratique, la fin du monde arrivait plusieurs dizaines de fois par jour dès que l’on ne maitrisait pas assez finement les règles du nouveau jeu social qui demandait, outre une standardisation des codes vestimentaires, de disposer, envers et contre tout, de moyens financiers en mesure de nous offrir tous les derniers trucs à la mode que le jeune bien et donc socialement intégré se devait d’avoir. Faire preuve de mauvaise foi était également devenu un art, il fallait soit être vraiment con et considérer tout ça comme normal, soit faire semblant de ne pas se rendre compte qu’on claque annuellement en fringues, gadgets et autres trucs l’équivalent du produit national brut d’un pays du tiers-monde.

L’évasion était devenu un produit. C’était le temps où l’industrie du loisir préfabriqué atteignait ses sommets. On vendait du rêve à la télé, l’utopie du « toi aussi, tu peux le faire ! » On fabriquait les stars à la chaîne, éphémères et scintillantes, plus aucune légende ne devait naître : une légende s’accompagne d’idées, les idées étaient mauvaises pour l’économie. Le cinéma hollywoodien vendait de la catastrophe et de l’effet spécial, et les gens aimaient ça. Un film narrant la fin du monde faisait toujours un carton vu que, tout compte fait, celle-ci inspirait une sympathie grandissante dans l’inconscient collectif. L’être humain avait atteint ses limites, et, quand on commençait à comprendre que même la science allait commencer à piétiner, ce fut la grande désillusion : non seulement on arriverait pas à rendre notre monde idéal, mais, en plus de ça, ces cons de la NASA n’avaient toujours pas réussi à nous envoyer en voyage scolaire sur Mars, ces nuls ! Et comme on n’avait pas non plus établi de contacts extra-terrestres, les espoirs qu’avaient certains de pouvoir pénétrer pour de bon les univers fantastiques de leurs jeux-vidéos furent réduit à néant, ne laissant à ces désabusés qu’une foule de paradis artificiels, domaine dans lequel la recherche avait, en revanche, fait des bonds stupéfiants.

Et c’est dans un beau bordel que je devais arriver à mon dix-neuvième anniversaire. Une célébration de plus, un tour de plus autour de notre étoile, un bond en avant insignifiant dans la danse cosmique des astres qui nous transportent. Mais putain. Dix-neuf ans quoi.


Tonight I think I’ll walk alone, I’ll find my soul as I go home.

(Je suis né le dix-huit décembre mil neuf-cent quatre-vingt dix pour les curieux. Oui, j’ai du retard, mais entre la fête qui s’impose en ces circonstances et mes difficultés à boucler ce billet convenablement… Faut m’excuser un peu hein.)

10 pensées sur “Up, down, turn around. Please don’t let me hit the ground.”

  1. Pas mal ton article, j’aime bien, surtout le début. Bonne continuation 😉

  2. Est-ce que tu as déjà écrit autre chose que des billets sur des blogs?
    Parce que franchement, avec le talent que tu as, ça vaudrait probablement la peine.

  3. Faut voir, ça dépend de tes goûts. Des histoires, n’importe quoi. Ça peut être aussi libérateur.
    Sincèrement, depuis le temps ou tu écris sur tes blogs, tu dois savoir que tu écris très bien, et tu dois aimer ça. Reste à savoir ce que tu veux faire avec ce talent. Si la réponse est « rien », alors c’est bien dommage…

  4. Ce blog c’est ma thérapie. J’écris pas vraiment à l’envie et les rares fois où j’ai tenté de faire les choses « par moi même » (et non en laissant bêtement s’écouler le flot de mes pensées lors d’un trop plein) ce fut assez désastreux.

  5. Bonjour,
    un peu de vrai, mais beaucoup de faux au niveau premier paragraphe.

    « Tout était industrialisé, nous portions tous le même jean made in China, buvant du Coca-Cola américain tout en pianotant nos téléphones Taiwainais »

    Les chinois volent en avions français (airbus) et conduisent des voitures européennes.
    Les américains conduisent des voitures européennes (avec de l’essence sortie de stations de services européennes), avec des pneus français, mangent du fromage français, boivent du vin français, boivent de l’eau en bouteille française, écrivent dans des cahiers français (avec des stylos français, pour la plupart), utilisent des assurances françaises, appartenant à des banques européennes tout en ayant un fournisseur d’accès internet français.
    Et avec des armes (ben ouais, américains quoi) fabriquées en France ou en Belgique.
    Donc bon, on ne peut pas dire que le côté libéral se limite à la France, très loin de là. D’ailleurs je pense que c’est plutôt le contraire.

    Par contre, après ça devient intéressant. Belle analyse.
    Je suis également d’accord sur le fait que la science a atteint des limites (pas partout, mais dans la plupart des domaines). Les découvertes d’aujourd’hui ne sont plus des découvertes, mais des petites avancées, de légères améliorations à ce que l’on connaissait déjà.

  6. @Sécurité Informatique : Oui dans les détails, tu as sûrement raison, mais je faisais plutôt référence aux étiquettes présentes sur les produits de consommation que l’on achète. Sinon, ce texte n’est pas vraiment une analyse, plutôt un « ressenti », comme tout ce que j’écris ici. C’est du subjectif à 300% et c’est clairement le but de mes écrits, transcrire mes pensées en texte plus ou moins poétique afin de m’alléger la tête.

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