Cher Damien,

Tout d’abord, excuse les familiarités. Excuse le tutoiement, excuse ce déballage. Tu es un ami depuis des années déjà. Ça a commencé avec les premiers amours, sur Jeunes et cons évidemment, parce que je l’étais, et aujourd’hui un peu encore. Consommer ma relation sur tes notes me donnait alors une impression privilégiée. Je voulais me croire différent, un peu rebelle aussi. Je ne voyais pas tout, et encore maintenant la cécité persiste malgré une certaine lucidité.

Tu as toujours été une sorte de modèle, un idéal de liberté. Longtemps j’aimais à croire qu’on se ressemblait avant de comprendre que tu ne m’aurais jamais supporté. Le cul entre deux chaises, et si je te rejoins beaucoup sur les idées, je ne suis pas de ceux qui savent suivre infailliblement les principes auxquels je crois. Attiré par la facilité, le consumérisme moderne procure, je l’admets volontiers quoiqu’un peu à contrecœur, un confort certain dont je ne pourrais peut-être pas me passer. Parce qu’au fil des ans mes idées se sont laissées aller à la moulinette institutionnelle. J’ai laissé ma haine sur le bord d’une route et les combats que j’ai menés étaient surtout de bonnes occasions de s’amuser, bien encadré, la violence je l’ai vue, critiquée, mais jamais subie.

Mais tu sais, j’ai toujours envie de pleurer. Des larmes qui se retiennent, dont l’existence ressemble à un lointain souvenir. Si j’en parle, c’est parce que la dernière fois tu étais là aussi. Tu disais à la jeunesse de se lever tandis que de mon lit repartait une beauté fatale dont j’aurais bien fait mon délice nocturne. Il en a été autrement, et ce n’était pas si grave, mais c’était beau, elle était belle, et tout comme toi, ma Lula s’est fait la malle. J’ai cru au bonheur et je n’ai jamais su si mes larmes furent de joie ou de tristesse. Je me sens parfois si insensible, coeur de glace revenu de tout, trop longtemps assailli, replié sur lui même, coquille vide parfois, et j’en souffre malgré tout.

Ancré dans mon personnage, tu sais, parfois je joue un rôle. Mais explique-leur toi, à tous ces gens, à ce monde aseptisé, dis-leur qu’encore de nos jours la jeunesse veut mourir au combat. Parce que ce fut mon dernier rêve et que parfois il persiste encore, j’aimerais trouver la paix pour mieux la voir s’en aller. Se battre pour la retrouver, parce qu’on l’a toujours eue et qu’on ne sait pas en profiter. Qu’aujourd’hui on ne peut comprendre, on ne peut imaginer ces gens qui veulent tout nous voler. Parfois j’aimerais juste tout laisser tomber. Mettre le monde sur pause et regarder. Comme tout fout le camp, et ce n’est que le début.

Damien, je me suis maintes fois posé la question du toi. L’homme derrière l’artiste. Es-tu Saez au quotidien ? De nombreuses fois j’ai eu l’impression que tes chansons seraient les dernières, que la dépression apparente t’emporterait. Mais tu es toujours revenu, le phénix se laisse abattre pour mieux revenir. Encore une fois tu venais inspirer de nouvelles réflexions. Musicalement, il faut le dire, je n’ai pas toujours porté une adhésion inconditionnelle à ce que tu as pondu. De ton triple album, seule la capitale française a réellement su me transporter. Tu as déclaré que le rock n’est pas ce que tu préfères, malgré tout c’est là que tu me plais le plus. L’accusation que tu portes, mise au mur de notre société, ramène à moi les sonorités qui furent responsable de mon attachement premier.

Parfois, j’aimerai te voir, te dire juste, moi aussi. Je ne supporte pas toujours tout, je m’accommode comme je le peux. Comme beaucoup je le crois, la révolte gronde en moi. Je voudrais la laisser sortir, mais je n’ai pas l’âme de la révolution solitaire. Les braises sont là, alimentées par ceux comme toi qui expriment leur combat, un coup de vent en trop pourrait faire prendre le brasier. Un leader, un mentor, un martyr pour de bon et les flammes s’envoleraient. C’est peut-être juste de la poésie, une fabulation emportée. Besoin d’y croire, c’est bête je sais, j’aurais toujours besoin de rêver. Par-dessus tout, sache-le, ma vie se résume à aimer.

Damien, je te quitte ici, sur un goût d’inachevé. Ami invisible de mes questions intérieures, tu n’en auras pas connaissance, et c’est peut-être aussi pour ça que je t’aime bien. Comme une confession, mais Dieu est mort, comme un aveu, il le fallait. Pour finir, je voudrais juste te demander, aussi loin que tu le pourras n’arrête jamais de chanter. De garder en vie rêves et espoirs, de garder en vie ceux qui comme moi tâtonnent encore dans l’obscurité. Il est dit qu’il vaut mieux n’allumer qu’une seule et minuscule bougie que de maudire l’obscurité. Tu flottes en moi comme une lanterne et tu éclaires bien des chemins que ma chandelle ne saurait voir. Merci pour ça, pour tout, pour rien.

Merci, Damien.


Sur mon tricycle à coeur perdu, je vais tout nu sur les avenues.

Billet concept, je suis sorti un peu du cadre de ce que je fais habituellement. Je serais ravi d’avoir des retours. Comme le disait Lydia, il est peut-être temps pour moi de mettre mon écriture au service d’autre chose que mes déprimes personnelles. C’est pas encore tout à fait ça, mais j’y travaille.

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8 commentaires

Lydia · 12 avril 2010 à 21:32

Bien contente d’avoir fait valloir un point!

Ça a l’air très bien, mais j’ai lu très rapidement et sans connaître l’artiste dont tu parlais. Ça m’a donné envie d’en savoir plus.

Quand j’aurai le temps, je ferai une petite recherche et je relirai ton texte à tête reposée.

Commentaire à venir (eh ouais, je fais les previews de mes commentaires maintenant).

Simon · 12 avril 2010 à 21:34

Du teasing de commentaire, original. Et ça sort quand 😛 ?

Djo · 4 août 2010 à 21:57

Très belle écriture, très intéressant.

Lydia · 5 août 2010 à 20:40

Maintenant!
Oui, ça fait très très très longtemps. Mais bon, fin du secondaire, voyage, sorties. Mon temps a été pas mal bouffé.
Je trouve que ce que tu as fait est super. C’est un mélange de ce que tu fais d’habitude, soit simplement écrire comme tu le sens, avec la présentation d’un artiste.
Pour moi qui ne le connaissait pas, je croyais que tu écrivais à un ami, en fait. Après j’ai compris. Ça fait tout le charme du texte. Et ça donne envie de découvrir cet artiste.
Comme quoi on peut se libérer tout en ayant un but qui va plus loin qu’un simple défouloir (quoique j’adore les textes qui n’ont aucun but précis). Et en restant soi.
Tu devrais réessayer, pour voir!

Lydia · 5 août 2010 à 20:41

Ah oui, j’ai beaucoup le nouveau design de ton blogue, aussi!

Simon · 6 août 2010 à 23:02

J’avais envie de minimalisme…

Gaea · 10 octobre 2010 à 20:40

Je ne sais pas comment j’ai fait pour trouver ton site, mais j’en suis contente. J’aime lire tes textes. 😉

Simon · 10 octobre 2010 à 21:01

Ravi qu’ils te plaisent.

Lydia · 12 avril 2010 à 21:32

Bien contente d’avoir fait valloir un point!

Ça a l’air très bien, mais j’ai lu très rapidement et sans connaître l’artiste dont tu parlais. Ça m’a donné envie d’en savoir plus.

Quand j’aurai le temps, je ferai une petite recherche et je relirai ton texte à tête reposée.

Commentaire à venir (eh ouais, je fais les previews de mes commentaires maintenant).

Simon · 12 avril 2010 à 21:34

Du teasing de commentaire, original. Et ça sort quand 😛 ?

Djo · 4 août 2010 à 21:57

Très belle écriture, très intéressant.

Lydia · 5 août 2010 à 20:40

Maintenant!
Oui, ça fait très très très longtemps. Mais bon, fin du secondaire, voyage, sorties. Mon temps a été pas mal bouffé.
Je trouve que ce que tu as fait est super. C’est un mélange de ce que tu fais d’habitude, soit simplement écrire comme tu le sens, avec la présentation d’un artiste.
Pour moi qui ne le connaissait pas, je croyais que tu écrivais à un ami, en fait. Après j’ai compris. Ça fait tout le charme du texte. Et ça donne envie de découvrir cet artiste.
Comme quoi on peut se libérer tout en ayant un but qui va plus loin qu’un simple défouloir (quoique j’adore les textes qui n’ont aucun but précis). Et en restant soi.
Tu devrais réessayer, pour voir!

Lydia · 5 août 2010 à 20:41

Ah oui, j’ai beaucoup le nouveau design de ton blogue, aussi!

Simon · 6 août 2010 à 23:02

J’avais envie de minimalisme…

Gaea · 10 octobre 2010 à 20:40

Je ne sais pas comment j’ai fait pour trouver ton site, mais j’en suis contente. J’aime lire tes textes. 😉

Simon · 10 octobre 2010 à 21:01

Ravi qu’ils te plaisent.

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