J’ai entrevu, l’espace d’un instant, le bout du tunnel, la lumière salvatrice. J’ai cru maintes et maintes fois me sortir de ce bourbier sans fin qu’est la vie que je mène. Je donne, je brûle d’amour pour mes semblables qui ne semblent voir que la survie que je mène jour après jour, cet enchaînement insignifiant de joies et de frustrations entremêlées. J’ai essayé, du plus profond de mon être, de devenir quelqu’un. J’aurais voulu ressortir de la foule, faire vibrer les cœurs et les corps.

Je reste insignifiant au milieu du vide. L’importance n’est pas pour moi, je ne connaîtrais pas la gloire, réservée aux réussites bénignes qui peuplent la vie des simples d’esprit. J’ai essayé, tu sais, de devenir ne serait-ce qu’aussi fantastique que toi. Je l’ai voulu tellement, tellement, depuis que tu es partie, ma vie n’est qu’un pâle hommage à la tienne. J’ai voulu m’en remettre, j’ai voulu en finir, j’ai voulu guérir, j’ai voulu mourir, j’ai voulu être quelqu’un, je crois que je ne suis rien.

Je continue de donner, corps et âme, jour après jour, j’essaie de devenir quelqu’un, de ne plus être ce moi inapte aux affaires courantes. Ai-je tort d’espérer plus que cette infâme souffrance ? J’ai pensé maintes fois à noyer ma vie dans la grande vide. Je brûle, brûle, la banalité est-elle donc trop difficile pour moi ? Je tiens le fort, tant bien que mal, et les louanges que certains me chantent ne sont rien face à l’abandon qui me vient de la part des personnes que j’estime le plus. Je continue de faire du surplace sur tous les plans. Inadapté, je fais pourtant de mon mieux pour me fondre dans le décor insipide de vos vies rectilignes.

Je repense à ta souffrance, exprimée avec tant de banalité, de désinvolture. Je brûle de ton absence, du souvenir lointain de ta peau contre la mienne, du frisson des premières fois à la froideur de ta fin que j’ai de plus en plus de mal à dissocier de la mienne. Mon cœur est mort avec toi, ne parviendrais-je jamais à apprécier, sans artifices, un monde que tu as quitté bien trop vite ? Incompréhension, il y a cette famille qui ne verra jamais en moi qu’un enfant mal grandi, et ces amis qui partagent les bons moments et ne comprennent jamais pourquoi j’en ai tant de mauvais. Je vais mal, encore, et tous mes efforts n’y font rien. La vie est ainsi faite, j’attends beaucoup trop des gens, du monde, de la vie. Comme si l’univers me devait l’apaisement après des débuts beaucoup trop chaotiques pour un être normalement constitué.

Cette normalité qui m’échappe encore, parce que mes valeurs ne sont pas les vôtres, parce que je continue à espérer m’en sortir. Parce que la foi parfois m’abandonne, hors de toute croyance commune, j’attendais de l’univers une justice universelle qui m’apporterait enfin, passé les épreuves, une félicité que je pensais méritée. Rien ne se déroule jamais comme prévu, et je chemine tant bien que mal de bévue en bévue. Un jour, je m’éteindrais, et même au repos éternel je saurais manifester mon mécontentement. L’impression qu’il me manque quelque chose qui semble évident au commun des mortels dont je m’efforce de faire partie.

Je rêve, encore, de nos fantasmes évasifs, des grands espaces qu’on s’était promis. Il semble que personne, ici, ne comprenne mon besoin de liberté, l’attachement par le cœur éloigné de toute valeur marchande. Cet amour qu’on se donnait, au-delà des mots et des gestes, cette revanche en duo contre un destin injuste qui nous avait volé nos rêves. Je continue de penser que tu es la meilleure partie de ma vie, celle des certitudes profondes, des convictions qui n’avaient de valeur qu’à nos yeux.

J’aurais, un jour, le courage de te survivre pour de bon. La force de continuer, sans douter, d’aller au bout des rêves qu’on avait bâti et qui ne m’ont jamais vraiment quitté. Je reste hanté par le vide de ton absence et par mon impuissance face à ce néant. Par ma lâcheté quotidienne, par l’abandon progressif des quelques principes qu’il me reste. J’attends récompense pour ce que j’endure chaque jour, j’attends, impuissant, que l’on me donne raison face à tous ces événements qui me dépassent. J’aimerais, parfois, tout remettre à zéro, repartir sur un chemin de vie qui ne m’aurait pas poussé au vice, aux névroses accumulées qui persistent à me faire me sentir exclu.

« J’ignore tout de ce désespoir hurlant contre lequel je ne peux rien. »


We live for today but we die for the next, with blood in our veins and air in our chest.

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3 commentaires

xave · 3 juin 2013 à 11:44

L’apaisement ne viendra que de toi, pas de la normalité ni de la gloire. C’est en toi qu’il faut chercher l’harmonie, et pour la trouver avoir le courage de te regarder en face.

Ça peut prendre très longtemps, mais ça vaut le coup.

saymonz · 3 juin 2013 à 19:17

J’étais surtout passablement bourré quand j’ai écrit ça. Je ne suis pas aussi pessimiste en temps normal.

xave · 3 juin 2013 à 20:41

Oh, je vois à peu près, oui. 🙂 Mais je vois aussi ce qui passe dès que tu écris, tout ça ne m’est pas totalement inconnu, tout ça n’est pas tous les jours facile (ma bonne dame), mais c’est un excellent terreau.

Enfin, moi je crois que t’es un gars vraiment bien, quoi.

xave · 3 juin 2013 à 11:44

L’apaisement ne viendra que de toi, pas de la normalité ni de la gloire. C’est en toi qu’il faut chercher l’harmonie, et pour la trouver avoir le courage de te regarder en face.

Ça peut prendre très longtemps, mais ça vaut le coup.

saymonz · 3 juin 2013 à 19:17

J’étais surtout passablement bourré quand j’ai écrit ça. Je ne suis pas aussi pessimiste en temps normal.

xave · 3 juin 2013 à 20:41

Oh, je vois à peu près, oui. 🙂 Mais je vois aussi ce qui passe dès que tu écris, tout ça ne m’est pas totalement inconnu, tout ça n’est pas tous les jours facile (ma bonne dame), mais c’est un excellent terreau.

Enfin, moi je crois que t’es un gars vraiment bien, quoi.

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