La fête se termine et je suis de nouveau seul avec moi-même, sillonnant au hasard les rues de ma ville comme pour jauger de la tristesse du monde, comme pour me rassurer. Je n’y trouve que le vide au tout petit matin, ce vide familier qui semble encore coller de très près celui qui vit en moi.

J’ai perdu les mots, ne sachant plus trop que dire, qu’écrire, incapable de trouver une manière satisfaisante de combler mon besoin irrépressible de noircir ces pages. Je passe des nuits à me bâtir des rêves, semblants de projets qui ne survivront pas à l’aurore, soufflés par l’impitoyable soleil d’été, qui a toujours été pour moi synonyme d’espoir et qui semble rimer cette année avec désillusion à mesure que le remplace la noirceur de l’orage.

Le plus triste étant peut-être que je ne suis pas malheureux, la tristesse étant réservé aux personnes encore animées de passion. Je me souviens en avoir eu, souvent des personnes, souvent des filles, ordinaires, que mes ressentis rendaient exceptionnelles. Je me donnais, par leur intermédiaire, une force que j’ai de plus en plus de mal à retrouver.

Le plus triste, donc, c’est de prendre conscience que même dans les moments les plus sombres de ma courte histoire je n’ai pas souvenir d’avoir eu aussi peu l’impression d’exister. La souffrance accorde au même titre que le bonheur cette certitude d’être, à part entière, mais c’était avant le règne de l’apathie, la platitude rassurante, comme si j’avais tellement cherché à rentrer dans le moule que j’en était devenu une caricature sans âme.

Seuls me restent les rêveries du petit matin, cerveau encore embrumé par la fête, rêves d’une vie plus simple où je serais né à la bonne époque, dans la bonne famille ou du bon côté de l’atlantique, ces moments où j’oublie que les seules choses qui ont réellement changées sont dans ma tête, que le monde n’est pas foncièrement différent, que si certaines causes sont extérieures, c’est en moi que la solution se trouve certainement, et il ne tient donc qu’à moi de la trouver… Mais par où commencer ?

Cet état de stagnation me rend fou, j’aimerais parfois avoir la faiblesse d’en sortir par le bas, me laisser aller pour de bon aux paradis artificiels faits de pilules, poudres et fumées.

J’aimerais, le plus souvent, avoir la force de m’en sortir par le haut, l’avoir eu au bon moment, reconnaître pour de bon mes mauvais choix et en arrêter les frais. Trouver l’énergie de faire vraiment quelque chose de ma vie qui puisse me rendre réellement heureux, de manière durable, m’exiler de moi-même du bon côté de l’atlantique, y fonder une bonne famille qui ne doutera jamais que l’instant présent sera toujours la bonne époque.


Some will sleep tonight with a hunger for more than an empty fridge.

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6 Comments

xave · 6 juillet 2014 à 10:42

Si ce que tu cherches est quelque-part, c’est dans ta tête. On ne laisse pas ses problèmes derrière soi en traversant un océan.

Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas traverser les océans, mais qu’il ne faut pas imaginer que c’est une solution.

saymonz · 6 juillet 2014 à 12:23

C’est précisément la thèse que je défend dans l’article 😉

xave · 7 juillet 2014 à 12:18

Que tu défends au milieu de l’article. L’impression est différente dans le dernier paragraphe.

saymonz · 7 juillet 2014 à 12:30

J’ai eu du mal avec ce billet, l’écriture n’a pas été fluide, beaucoup d’hésitation, de « ratures », de réorganisations… mais c’est bien l’idée : trouver en moi les solutions qui me permettront de transformer les causes imaginaires de mon mal-être en des choses dont je serais moi-même l’artisan heureux. La répétition en fin de billet est, dans cet optique, une sorte d’effet littéraire (visiblement pas au point, donc).

L’idée de voyage va avec la chan­son liée qui rejoint elle-​même ce que j’exprime dans le deuxième para­graphe : l’impression qu’il y a, dehors, au loin (for­cé­ment au loin, sinon j’en serais par­tie pre­nante vu que, dans ma rêve­rie, le monde exté­rieur est cou­pable) un monde où tout est pos­sible et dont je serais privé.

La pro­gres­sion et la conclu­sion vont dans le sens opposé.

xave · 7 juillet 2014 à 15:03

On va dire que ma méfiance viscérale de l’idée qu’on peut s’évader de ses problèmes en partant loin m’a peut-être bloqué sur une partie du texte qui n’était pas la plus importante, aussi. 🙂

Greg · 7 janvier 2015 à 01:00

Quels sont tes rêves ? Semblants de projets ? Peut-être qu’en trouvant quelque chose qui peut t’animer cela ne te donnera plus le besoin de traverser un océan ;-p

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