J’ai dû penser au suicide pour la première fois il y a une dizaine d’années. À la suite d’une énième déception amoureuse ou autre drame adolescent. J’en multipliais les annonces à grand bruit, personne ne m’a jamais prit au sérieux. Et pour cause. J’ai appris à gérer mes émotions de manière moins mélodramatique. L’idée ne m’a jamais vraiment quittée, comme une sorte d’arrière plan, ressurgissant à chaque tendance baissière dans le cours de mes humeurs. Je n’étais pas fondamentalement malheureux, ni heureux non plus d’ailleurs.

À l’aube de ma majorité, j’avais calmement accepté que ma fin serait provoquée, un jour. Le seuil de la vingtaine me paraissait lointain, j’y voyais ma fin arriver avec celle de ma scolarité. Je n’avais jamais réussi à me sentir apte dans un environnement où l’on nous demande finalement si peu, comment pourrais-je jamais affronter les souffrances de ma vie d’adulte à venir ? Ce n’était plus une idée impulsive enracinée dans le désespoir, c’était pour moi un choix, un choix de m’arrêter avant les épreuves les plus éprouvantes, un choix de m’arrêter après ce que je voyais comme les meilleures années de ma vie. Et c’était pourtant pas terrible.

Quelques mois avant l’échéance fatidique, j’ai été sauvé. Sauvé par celui que je considère comme mon premier véritable ami, d’une part, et par l’amour d’une fille qui m’aimait comme jamais je n’avais cru pouvoir être aimé. L’ami en question est toujours là, et bien d’autres ont allongés la liste. Pas la fille, à qui j’ai très mal rendu les sentiments qu’elle éprouvait.

Au commencement de l’an de grâce 2011, au beau milieu d’une année particulièrement morose pour moi, le décès de mon premier amour de jeunesse m’a totalement ébranlé. Il semble que je n’ai pas une seule seconde envisagé de la rejoindre, nos destins s’étaient depuis longtemps séparés, je ne voulais pas ajouter de drame au drame. J’ai regardé mon âme saigner, prit des mesures et me suis rapproché de ceux qui comptaient le plus. Les années qui ont suivies, les trois dernières, c’étaient elles les meilleures.

La stabilité de mes humeurs ne s’est pas arrangée pour autant. Ces pages en témoignent. Même dans les moments de félicitée les plus extrêmes, je ne suis qu’à une seconde du désespoir, des idées noires, de la faucheuse qui guette le moindre de mes faux pas pour m’inspirer ses noirs desseins. Et ça me tue, métaphoriquement pour le moment, de me sentir tellement inapte à tout gérer.

Je ne connais que très peu la colère, je n’ai aucun problème à canaliser les envies de violence qui parfois s’emparent de moi. Ma tristesse reste, bien souvent, invisible. Je ne sais l’exprimer qu’avec des mots, les manifestations vives sont exclues, je ne suis même pas sûr de la ressentir réellement. Il me semble qu’il serait sain pour mon équilibre de relâcher les soupapes dans des accès de rage, des crises de larmes, des hurlements incontrôlés. Non. Je ne connais que le désespoir rationnel, le vide, les idées noires. Et j’aimerais vraiment, vraiment pouvoir changer ça.


Toi sur moi, nous ou rien. J’ai tant de raisons de me perdre, je ne sais plus comment faire.

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TMTC · 22 octobre 2014 à 20:06

Je t’aime.

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